DOSSIER SPÉCIAL – Il ne faut jamais baisser les bras!

Par : Claire Bolduc, agronome et président de Solidarité rurale du Québec
 
Claire BolducÇa y est! On est dedans. En plein dans ce tsunami annoncé. Au moment d’écrire ces lignes, on sait que les conseils d’administration de nos centres de santé et services sociaux seront bientôt abolis, que les conférences régionales des élus le sont déjà. Les MRC cherchent comment maintenir leur CLD, ou ont choisi de l’abolir alors que les commissions scolaires étudient un scénario qui supprime la moitié d’entre elles. Des ministères régionaux disparaissent et des directions régionales sont fusionnées. Les CJE ont reçu la confirmation qu’ils auront désormais un financement à la pièce, selon les référencements d’Emploi-Québec, plutôt qu’à la mission. Alors que l’intervention à la tête de pipe n’a jamais été à l’avantage des milieux ruraux…. On apprend que les postes des agents Villes et villages d’art et de patrimoine ne seront plus soutenus par l’État. Que les subventions à la route verte sont abolies. Au 31 mars 2015, les MRC ne seront plus tenues de respecter le mandat des agents de développement rural pour la mise en œuvre de la PNR et dès 2016, les Pactes Ruraux feront partie d’une enveloppe globale associée au Pacte fiscal et les MRC pourront en disposer selon les priorités qu’elles auront établies sur les différents territoires du Québec. Aussi bien dire que la Politique nationale de la ruralité n’existe plus. Et… Solidarité rurale du Québec perd son mandat d’instance-conseil. Mais que peut-on faire ?
 

D’abord s’opposer. Refuser le mensonge, refuser l’inacceptable.
Il y a des choses qui sont inacceptables, il y en a d’autres qui soulèvent de sérieuses questions dans ce qu’impose le gouvernement. Il y a aussi beaucoup de désinformation. Relevons d’abord que l’austérité ne nécessitait aucunement l’abolition des structures en place. Réfléchir à nos façons de faire ne veut pas dire tout détruire. Et qu’ont donc en commun la réforme de la santé et celle du développement? Éliminer la participation de la société civile et des acteurs du développement des tables de décision d’abord, détruire les lieux de concertation et de dialogue établis ensuite. Ces choix ne sont donc pas financiers. Alors à quoi servent-ils? Pourquoi ?
 

S’opposer, c’est aussi refuser qu’on détourne le sens des mots lorsque l’on parle de décentralisation. On ne transfère pas des pouvoirs de l’État vers les MRC présentement. On prend plutôt des pouvoirs déjà présents sur les territoires pour les centraliser aux mains des MRC, sans fixer désormais aucun cadre, et on les oblige à faire des choix permanents sur une situation temporaire, avec des finances précaires.
 

Et surtout, à Solidarité rurale, nous avons toujours soutenu que l’État central a un rôle majeur dans notre société : celui d’établir une vision, de préciser les orientations, de fixer les objectifs, de déterminer la taille de la patinoire et les règles du jeu en somme. Si les milieux ruraux ont toujours milité pour qu’on leur laisse le choix des moyens, pour que l’on module l’action selon les milieux, jamais au grand jamais ils n’ont plaidé pour que l’État renonce à son rôle essentiel de porteur de vision nationale, comme il le faisait à travers la Politique nationale de la ruralité par exemple. Or, c’est à ce niveau qu’est le désengagement. Une fois encore, pourquoi ce choix?
 

Ensuite, s’affirmer. Dire ce que nous sommes.
Le Québec est hétérogène. Oui, les villes sont importantes, mais les régions le sont tout autant! Selon le Conference Board, avec 25 % de la population, le monde rural contribue à hauteur de 30 % du PIB du Québec.
 

La dynamique de développement rural est très différente de l’urbaine. Si en ville, on peut compter sur le privé pour s’occuper de tout, du Festival Juste pour rire en passant par la desserte d’Internet haute vitesse, en milieu rural, les gens ne peuvent compter que sur eux-mêmes.
 

La différence rurale, c’est aussi, des milieux différents socio-économiquement parlant. Les milieux ruraux sont, de par leur nature, plus fragiles que les autres. À titre d’exemple, 21 % de la population urbaine a un diplôme universitaire. En ruralité, c’est 9,8 %. Bien sûr que la structure économique est différente, mais il reste que les milieux ruraux ont cruellement besoin de l’expertise qui se trouve dans les organisations de développement comme de celle que l’on retrouve dans les CRE, dans les CLD, dans les commissions scolaires et dans le milieu de la santé et des services sociaux. C’est sur ces prémisses fondamentales de différence, de droit à la prospérité à même cette différence, que se sont organisés les outils de développement depuis plus de 30 ans.
 
Et c’est ce qu’on balaie aujourd’hui du revers de la main. Un instant!
 

Finalement… proposer.
Affirmons haut et fort qu’il y a des principes qui doivent continuer de s’incarner dans tout modèle de société, proposé par quelque gouvernement que ce soit :
 
• La valorisation de la personne dans son milieu de vie;
• La diversité des opinions et le dialogue;
• Les différences entre les régions;
• Le respect et la promotion des valeurs régionales et locales;
• La prise en charge, par le milieu, de son avenir;
• L’équilibre dans le partage du pouvoir et l’équité économique;
• La diversification de la base économique régionale;
• La concertation des partenaires locaux et régionaux;
• Le droit des Québécoises et des Québécois à habiter et à vivre dans leur région.
 
Rappelons aussi à nos gouvernants qu’en démocratie, on aspire toujours à l’égalité des chances… On doit, au Québec, reconnaître qu’il existe DES ruralités, et qu’elles n’ont pas toutes les mêmes chances. Sur ces bases, peut-on, après des années de vœux pieux, s’entendre sur le fait qu’il existe des MRC et des régions périphériques, d’autres centrales, d’autres urbaines, et établir des façons de faire, tant au niveau de la gouvernance que des outils de développement, différenciés pour chaque type de territoire ?
 

Mais d’abord, d’abord…

 
Il faut refuser de se laisser endormir par les beaux discours et les promesses de politiciens. Il faut se parler, débattre pour savoir où on se dirige. Face à ce qu’on nous impose, il faut demander quelle sera la nature du développement de nos régions avec ce qui restera sur nos territoires après le tsunami. Et décider si on est prêts à se mobiliser, à parler d’une seule et même voix, à se battre, encore une fois… Et agir! Pour nous! Parce qu’une fois de plus, on n’aura pas eu de cadeau, on aura gagné à force de bataille chaque parcelle d’outil pour notre développement, pour nos milieux, pour nos régions!!!
 
Tant vaut le village, tant vaut le pays.