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DOSSIER JNP : Et vive la République !

On commet souvent l’erreur de réduire la lutte patriote à l’obtention du gouvernement responsable; que les ministres soient responsables devant la Chambre élue. Les revendications patriotes allaient en fait beaucoup plus loin et visaient à appliquer ici des institutions républicaines, jugeant : « Que le Bas-Canada doit prendre la forme d’un Gouvernement RÉPUBLICAIN et se déclare maintenant, de fait, RÉPUBLIQUE ».
 
L’idéal républicain est d’ailleurs inscrit au cœur du mot « patriote ». Lors de la Révolution américaine (1776), les Patriots sont ceux qui défendent le sol contre la couronne britannique. Avec la Révolution française (1789), le patriote désigne un citoyen fidèle à son pays et non plus « sujet du roi de France ». Être patriote consiste à prêter allégeance à la patrie populaire et non plus à un roi ou à une reine en titre. À la sujétion, les patriotes substituent la citoyenneté; la souveraineté passant du Roi à la République.
 
En 1830, le Parti canadien du Bas-Canada choisit le nom de « patriote » afin d’insister sur la lutte pour la liberté, la justice et les valeurs républicaines. L’exemple vient d’ailleurs de haut. Jusqu’à sa mort, le chef patriote Louis-Joseph Papineau n’aura de cesse de répéter que les rois et les reines n’ont rien à faire dans le Nouveau Monde et qu’« Il est certain qu’avant un temps bien éloigné, toute l’Amérique doit être républicaine. »
 
Alors qu’on discute de la place de la monarchie au Canada et du rôle accessoire de fonctions honorifiques, comme celle de lieutenant-gouverneur, déjà, il y a deux siècles, les patriotes avaient beaucoup à nous dire sur le principe d’un gouvernement « par et pour le peuple ».
 
Lutte à la corruption, indépendance des élus, séparation des pouvoirs, république, ce n’est là qu’un modeste survol de l’œuvre de quatre générations de patriotes, de 1793 et 1850. Leur contribution ne s’arrête effectivement pas là. C’est en effet aux patriotes qu’on doit une presse libre au Canada (1806), le premier parti démocratique (1827) et le réseau scolaire francophone laïc (1829). On leur doit également une fête nationale et une Société Saint-Jean-Baptiste (1834) et la conquête du gouvernement responsable (1849).
 
En février 1838, Robert Nelson proclame l’indépendance du Bas-Canada, assortie de plusieurs réformes audacieuses pour l’époque, dont certaines ne seront finalement acquises que beaucoup plus tard, comme l’abolition de la tenure seigneuriale (1854), le vote secret (1874), l’éducation obligatoire (1943), le suffrage universel (1960) et l’abolition de la peine de mort (1976). D’autres demandes patriotes n’ont même pas encore été obtenues, telles l’abolition de la monarchie (république) ou l’égalité juridique des autochtones.
 
Pertinente, actuelle et édifiante, l’expérience patriote est riche en leçons. À l’heure où il est beaucoup question d’éthique, de fierté et de respect envers les institutions, la Journée nationale des patriotes est un moment privilégié pour rappeler la ténacité de Québécois d’hier et d’aujourd’hui dans la défense de nos droits nationaux.