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DOSSIER JNP : Le boycottage : l’arme économique des Patriotes

Dès la création des institutions parlementaires, les députés canadiens-français avaient su tirer parti de tous les moyens légaux de faire valoir les droits de la majorité. D’imposantes pétitions sont signées par des dizaines de milliers de citoyens, des délégués sont envoyés en Angleterre et des assemblées sont tenues aux quatre coins du Québec. Au printemps de 1837, l’Angleterre désavoue les revendications patriotes, fouettant d’autant l’ardeur nationaliste. Les patriotes ont alors recours à l’arme économique. Cette année-là, la Fête nationale sera donc soulignée, mais d’une manière bien particulière. En effet, les patriotes votent à plusieurs endroits des mesures visant le boycottage des produits de luxe, afin de priver le gouvernement colonial du revenu des taxes.
 
Que nous nous abstiendrons, autant qu’il sera en nous, de consommer les articles importés et particulièrement ceux qui paient des droits plus élevés, tels que le thé, le tabac, les vins, le rhum, etc. Que nous consommerons de préférence les produits manu-facturés en ce pays; que nous regarderons comme bien méritant de la patrie quiconque établira des manufactures de soie, de draps, de toiles, soit de sucre, de spiritueux, etc. La Minerve, 11 mai 1837
 
Les aliments visés sont principalement le thé (on n’importe pratiquement pas de café à l’époque), le rhum et la mélasse (importés de Barbade) et les textiles, principalement les chemises de soie, les cotonnades et les laines fines tel le tweed.
 
Durant les banquets de la Saint-Jean, les produits locaux sont donc à l’honneur, les leaders du Parti patriote encourageant le peuple à les imiter.
 
Le journal patriote La Minerve va plus loin, recommandant même de recourir à la contrebande :
 
Les objets que nous ne pouvons fabriquer ici, l’ami Jonathan nous les fournira. Pour cela, donnons la main au contrebandier : désormais c’est un brave que chacun de nous encouragera. Il faut former à son métier une vigoureuse jeunesse, bien organisée et déterminée. C’est en grand qu’il faut faire la contrebande. Plus de ménagement ni de temporisation. Aux grands maux [sic] les grands remèdes. Il faut tarir la source du revenu. Les coffres se videront, les voleurs n’y trouveront plus rien. Alors l’Angleterre entendra raison. Jamais de lutte n’aura été plus juste. Nous avons retenu les subsides; on nous ôte ce moyen, on nous met dans la nécessité d’en chercher de plus efficaces. (Source : Michel Bibaud, Histoire du Canada et des Canadiens sous la domination anglaise, Montréal, Lovell et Gibson, 1878 : 415).

 
Boycottage ou contrebande, dans les deux cas il s’agit bien de priver l’administration coloniale des revenus générés par les taxes et d’encourager les manufactures locales en consommant de préférence des produits fabriqués au Québec.
 
Les patriotes n’ont alors aucun mal à proposer des produits de substitution au thé, au sucre et au rhum importés : les tisanes du pays, le thé des bois, le sucre d’érable et le gin tiré de nos propres baies de genièvre sont alors abondants. Quant aux textiles anglais, le Québec peut aussi bien les remplacer par une excellente laine, ainsi que par du chanvre et du lin qui, sommairement tissés, donnent la fameuse étoffe du pays.