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La question nationale demeure incontournable

Bock-Côté_MathieuLe discours médiatique dominant nous incite à ranger la question nationale au musée des vieilleries politiques québécoises. Elle serait dépassée, elle n’intéresserait plus que les vieilles générations, alors que les plus jeunes ne sauraient plus trop qu’en faire : à l’heure d’une citoyenneté que l’on aime dire mondiale, ou du moins, mondialisée, à quoi peut bien rimer cette question venue du fond de notre histoire alors qu’il faudrait désormais vivre au présent. Qui souhaiterait encore vraiment se consacrer à l’obtention de nouveaux pouvoirs pour le Québec ou même à son indépendance politique alors que l’individu rêve de se désaffilier de son appartenance politique et se promener à travers le monde à la manière d’un touriste universel, disponible pour toutes les expériences, mais ne voulant se laisser définir par aucune d’entre elles? Quant à la défense de l’identité québécoise, on lui colle les pires étiquettes : elle aussi serait dépassée mais en plus, elle témoignerait d’une psychologie politique régressive, peut-être même réactionnaire et xénophobe.
 

Cet abandon de la question nationale n’est pas le simple fait de l’esprit du temps : l’idéologie dominante est relayée médiatiquement, elle conditionne les mentalités, elle marque positivement tout ce qui s’éloigne de la nation et négativement ce qui y ramène. Ce préjugé défavorable à la nation est encore plus fort à l’Université, qui, quoi qu’on en pense, n’est pas étrangère aux passions idéologiques. Derrière un discours se réclamant des sciences sociales ou de la philosophie politique, on disqualifie la nation et sa quête de souveraineté comme une obsession d’un autre âge, d’autant plus incompréhensible que la diversité dont tous se réclament ferait éclater l’idée même de peuple ou d’identité culturelle. Ceux qui s’entêtent à prendre au sérieux la nation sont laissés dans les marges, comme si leurs travaux ne devaient pas informer l’esprit public.
 

Et pourtant, la nation est une réalité. Elle n’est pas qu’un discours parmi d’autres : c’est à travers elle que la démocratie moderne s’est incarnée. Elle est enracinée dans l’histoire. La souveraineté du peuple a besoin des peuples pour passer de mythe à réalité. De même, au Québec, le nationalisme a permis aux Québécois de prendre conscience de leur subordination collective comme peuple et de travailler à renverser cette situation. C’est en misant sur leur pouvoir collectif que les Québécois, depuis la Révolution tranquille, ont pu faire tant de progrès et sortir d’une situation qui avait une claire dimension coloniale. C’est peut-être aussi depuis qu’ils se sont laissés convaincre de la désuétude du nationalisme que les Québécois reculent : le Québec perd en pouvoir économique, le français régresse, le multiculturalisme canadien entre dans nos consciences et les reformate, nous renonçons à intégrer sérieusement les immigrants et nous nous laissons persuader que le fait de se gouverner soi-même pour un peuple est un détail insignifiant.
 

L’Institut de recherche sur le Québec travaille à garder vivante la question nationale dans la vie publique québécoise : cette vieille histoire est encore d’actualité. Elle structure encore nos rapports avec le Canada et avec le monde. On aime se faire croire, par exemple, que la constitution n’est plus un sujet qui doit préoccuper les citoyens : elle serait bien en place et là pour rester. On oublie pourtant que c’est elle qui détermine les paramètres de notre existence collective. Le Québec voudrait-il demain renouer avec l’affirmation identitaire, favoriser plus clairement la langue française ou définir son propre modèle d’intégration des immigrants qu’il devrait manœuvrer à l’intérieur des contraintes constitutionnelles canadiennes (et elles sont nombreuses) ? Mais les Québécois, en oubliant la question nationale, ont perdu l’habitude de penser de manière critique le régime canadien.

 
Mathieu Bock-Côté, directeur de la recherche à l’IRQ
 

9e édition du colloque Quelque chose comme un grand peuple
D’un trudeauisme à l’autre

5 novembre 2016 – Hôtel Gouverneur Montréal (Place Dupuis)

 
Plusieurs ont accueilli positivement le gouvernement Trudeau pour une raison simple : il délivrait les Québécois du gouvernement Harper, dans lequel ils ne s’étaient jamais reconnus. L’homme ne semblait pas aussi porteur d’une très lourde culture politique. On l’imaginait au mieux porté par la mode et les exigences contemporaines de la communication. On constate peu à peu que ce n’est pas le cas. La 9e édition du colloque s’intéressera au bilan de la première année du gouvernement Trudeau, mais il inscrira ce bilan dans l’histoire plus longue du trudeauisme, qui est depuis 1982 l’idéologie officielle du régime canadien. Les souverainistes veulent sortir du Canada, mais à quoi le Canada ressemble-t-il aujourd’hui? Il nous faut réapprendre à le critiquer en profondeur, en montrant comment il entrave fondamentalement notre peuple. Encore devons-nous nous rappeler que nous sommes un peuple.