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Les grandes traditions politiques québécoises

MathieuBCoteC’est tout ce qu’il y a de plus naturel, chaque parti politique québécois prétend défendre les intérêts du Québec. Mais cette formule, on le sait, est un peu passe-partout : tous peuvent s’en réclamer à la manière d’un slogan politique. Peut-on néanmoins trouver une définition commune des intérêts du Québec, à laquelle communieraient les grandes traditions politiques québécoises, qui permettrait de leur assurer quelque chose comme un fondement objectif? Généralement, dans un pays, l’intérêt national, même s’il est discuté, suscite une forme de consensus, surtout en période de crise, quand l’histoire redevient houleuse. En est-il de même au Québec? La question nationale et les divisions profondes autour du statut politique du Québec permettent-elles cette définition relativement unifiée des intérêts du Québec? Pour éclairer cette question fondamentale, il faut se tourner vers l’histoire et distinguer, sur la longue durée, les trois grandes traditions politiques québécoises, qui se sont renouvelées au fil des grands événements politiques et des époques de notre vie nationale. C’est à cette tâche que s’est voué Guillaume Rousseau, professeur en droit à l’Université de Sherbrooke en s’intéressant aux courants souverainiste, autonomiste et fédéraliste, et aux différents courants politiques qui les ont incarnés. Dans son étude Les intérêts du Québec selon les discours des partis politiques, de 1960 à aujourd’hui, réalisée pour l’Institut de recherche sur le Québec (IRQ), il examine les constantes et les ruptures, les points d’accord et de désaccord. Quel est le « minimum » selon chaque tradition politique, à quel moment chacune considère-t-elle que le Québec ne peut plus faire de compromis sans compromettre ses intérêts vitaux?
 
Cette étude, qui paraîtra bientôt, sera complétée par une autre, cette année, consacrée à la définition des intérêts du Québec selon le gouvernement du Québec lui-même. De quelle manière, d’un gouvernement à l’autre, peut-on retrouver quelque chose comme le fil d’une continuité? À travers quelles revendications, fondamentales ou circonstancielles, le gouvernement du Québec a-t-il défini sa relation avec le gouvernement fédéral? Car cette relation est évidemment fondamentale dans la définition des intérêts du Québec, pour peu qu’on définisse ce dernier comme l’expression politique d’une nation historique consciente de sa singularité, et non seulement à la manière d’une province comme une autre d’un Canada politiquement homogène, multiculturel et bilingue.
 
À travers ces études, l’Institut de recherche sur le Québec poursuit sa grande enquête sur les intérêts du Québec, à l’approche du 150e anniversaire de la Confédération canadienne, qui obligera, d’une manière ou d’une autre, tous les acteurs politiques à faire un bilan de l’expérience canadienne du Québec, au-delà du récit enchanté ou de la critique implacable. Il s’agira d’analyser le plus lucidement possible l’état des lieux. L’IRQ confirme son préjugé favorable, ici pour une lecture de la politique à la lumière de l’histoire, qui demeure, en cela comme en toute chose, la condition d’une compréhension approfondie du destin des sociétés et des grands enjeux qu’elles rencontrent.

 

9e édition du colloque Quelque chose comme un grand peuple

Qu’est-ce que le néotrudeauisme ?

 
Plusieurs ont accueilli positivement le gouvernement Trudeau pour une raison simple : il délivrait les Québécois du gouvernement Harper, dans lequel ils ne s’étaient jamais reconnus. L’homme ne semblait pas aussi porteur d’une très lourde culture politique. On l’imaginait au mieux porté par la mode et les exigences contemporaines de la communication. On constate peu à peu que ce n’est pas le cas. Le trudeauisme des origines s’est muté en néotrudeauisme, et le gouvernement fédéral, comme au temps de Stephen Harper, est animé par un projet fortement idéologique, même s’il ne s’agit plus du même. Qu’est-ce qui caractérise alors le néotrudeauisme? Quelle est sa vision du Canada et du Québec? Quelle vision a-t-il de leur relation? Comment se positionne-t-il par rapport aux enjeux liés à la diversité ou au multiculturalisme? Quelle politique étrangère propose-t-il au Canada? Dans cette 9e édition du colloque Quelque chose comme un grand peuple, c’est à l’analyse de la philosophie politique du gouvernement Trudeau que nous nous attaquerons.