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Bilan du colloque de l’IRQ 2015

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Tous les partis politiques prétendent servir les intérêts du Québec, mais qui parvient réellement à les définir au-delà de la rhétorique? Si on se tourne vers l’histoire, est-il possible de reconnaître une continuité à travers leur définition, chaque gouvernement, à sa manière, les reprenant pour essayer de les mettre à jour et de les adapter à un nouveau contexte politique? Y a-t-il, en un mot, un intérêt national québécois? Ce sont de telles questions qui ont été posées lors de la huitième édition du colloque Quelque chose comme un grand peuple organisé par l’Institut de recherche sur le Québec, le 7 novembre 2015, à Montréal, qui a attiré près de 200 personnes.
 

Le premier panel rassemblait Michel Sarra-Bournet, politologue, Patrick Taillon, professeur de droit à l’Université Laval et Amélie Binette, qui poursuit ses études sous sa direction. Dans la première conférence, Michel Sarra-Bournet a cherché à comprendre les raisons de la normalisation du statut du Québec dans la politique contemporaine. Pourquoi la question du Québec passionne-t-elle moins qu’auparavant? Pourquoi pèse-t-elle moins aujourd’hui qu’hier dans la vie politique? Comment expliquer, en un mot, la stagnation autour de la question nationale? Il a donc cherché à saisir la spécificité du présent moment politique. Patrick Taillon et Amélie Binette, quant à eux, dans une conférence conjointe, ont exploré la part de permanence et de changement au fil de l’histoire dans la définition des intérêts du Québec. Patrick Taillon a aussi exploré certaines avenues politiques qui permettraient aux Québécois de renouer avec une vision affirmative et militante de leurs intérêts collectifs.
Le deuxième panel, rassemblait Guillaume Rousseau, professeur de droit à l’Université de Sherbrooke et Antoine Robitaille, éditorialiste au Devoir. Guillaume Rousseau s’est aussi livré à un exercice historique pour voir comment les grands courants politiques québécois (souverainiste, avec le RIN et le PQ, autonomiste, avec l’Union nationale, l’ADQ et la CAQ et fédéraliste, avec le PLQ) ont pensé les intérêts du Québec. Il a cherché à repérer les points de convergence et de divergence. Antoine Robitaille, quant à lui, a cherché à voir pourquoi il était de plus en plus difficile de parler des intérêts du Québec et pourquoi on parle plutôt des valeurs dans le monde d’aujourd’hui. Il semble de plus en plus difficile d’assumer les intérêts spécifiques d’un peuple, nous dit Robitaille. L’esprit du temps y voit une forme d’égoïsme, comme s’il fallait vider le plus possible de sa substance et de son contenu l’idée de nation.
 

Le troisième panel rassemblait Claudette Carbonneau, présidente du OUI Québec et Mathieu Bock-Côté, directeur de la recherche à l’IRQ, sociologue et chroniqueur. Claudette Carbonneau a proposé une réflexion sur les conditions d’une renaissance de la question nationale dans la société civile et les différents mouvements qui la composent. De quelle manière peut-on à nouveau intéresser ces mouvements à la question nationale, à la souveraineté? Il faut, selon elle, que la souveraineté soit remise à l’avant-plan et soit associée à un projet social mieux défini. Mathieu Bock-Côté, quant à lui, a plutôt cherché à faire l’histoire de la question nationale depuis les années 1920, en faisant à la fois le récit de son institutionnalisation et de sa désinstitutionalisation. Peut-on, aujourd’hui, redonner de la vigueur à la question nationale, sans laquelle les intérêts du Québec risquent de se disperser et de perdre en intelligibilité et en cohérence?
 

Le dernier panel s’est finalement posé l’inévitable question: qu’en est-il des intérêts du Québec aujourd’hui? C’est une question difficile à poser alors que le gouvernement de Philippe Couillard est probablement le plus fédéraliste de notre histoire et entend neutraliser la spécificité québécoise dans le cadre canadien. L’historien Charles-Philippe Courtois s’est intéressé à la perte des réflexes nationaux chez les Québécois et à la nécessaire réactivation de ceux-ci. Il s’est notamment interrogé sur les conditions qui permettraient aux nationalistes de retrouver une certaine unité politique, ou du moins programmatique. Tania Longpré, doctorante en éducation et enseignante en francisation, s’est demandé de quelle manière assurer une meilleure intégration linguistique et culturelle des immigrants. La question identitaire confirme ici son importance vitale pour le Québec. Car la condition fondamentale pour qu’il y ait une question nationale au Québec, c’est encore qu’il y ait une nation québécoise assurée d’exister.