Naissance de la Fédération québécoise

Dans les années 1940, diverses Sociétés locales se regroupent sur une base diocésaine. En 1945-46, la plupart des Sociétés Saint-Jean Baptiste du Québec et de l’Ontario décident de se fédérer. La Fédération canadienne connaît toutefois une brève existence; des différences d’opinions apparaissent chez les dirigeants. Dès 1947, réunies en congrès à Sherbrooke, neuf Sociétés québécoises – celles de Québec, Sherbrooke, Trois-Rivières, Rimouski, Saint-Hyacinthe, Nicolet, Hull, Saint-Jean et Chicoutimi – décident de fonder leur propre fédération. Ce regroupement deviendra plus tard le Mouvement national des Québécois (1972) puis le Mouvement national des Québécoises et Québécois (1991).
 
Sitôt fondée, la Fédération des Sociétés Saint-Jean Baptiste du Québec participe à une vaste campagne qui mènera à l’adoption, le 21 janvier 1948, du fleurdelisé comme drapeau officiel du Québec. La même journée, peu avant 15 h, ce nouveau symbole national flotte pour la première fois sur l’Hôtel du parlement. Le fleurdelisé devient rapidement un puissant symbole d’appartenance au Québec.

 

« Attendu qu’il n’existe pas actuellement de drapeau canadien distinctif;

 

Attendu qu’il est juste et convenable que sur les édifices parlementaires (du) Québec flotte un drapeau qui répond aux traditions, aux droits et aux prérogatives (du) Québec;

 

Il est ordonné […] que le drapeau généralement connu sous le nom de drapeau fleurdelisé […] soit adopté comme drapeau officiel (du) Québec et arboré sur la tour centrale des édifices parlementaires. »

 

« Une nation est composée de millions d’individus qui ont autant d’opinions, surtout politiques. Il est difficile de conserver une unité dans toute cette diversité. C’est ce qui explique la raison d’être d’un drapeau dans lequel tous peuvent s’identifier […] »

 

Raymond Lévesque

 

Au cours des années 1950, il est d’usage de faire le « Salut » au drapeau en prononçant ces paroles :

 

quebecflag

« À mon drapeau je jure d’être fidèle
À la race qu’il représente, au Canada français, j’engage mes services.
Pour sa foi, pour sa langue et ses institutions, je promets d’être dévoué.
À ses enfants, mon franc respect.
À sa justice, mon ferme appui.
À ses progrès, mon fier concours.
À ses produits, ma préférence.
À ses héros, sa noble histoire, son sol fécond, tout mon amour.
Je me souviens. »

 

À partir des années 1950, la Fédération lance de nombreux débats. En 1958, elle organise la Conférence nationale sur l’éducation qui mènera plus tard (1964) à la création d’un ministère de l’Éducation. Par ce type de rencontre, la Fédération souhaite susciter un examen de conscience collectif. Certains y voient là les bases des « premiers états généraux de la nation canadienne-française ». En 1959, à Val David se tient un congrès qui donne lieu à l’adoption de résolutions portant sur l’établissement d’un complexe sidérurgique, la nationalisation de l’électricité et la fondation d’une caisse de crédit.
 
Les années 1960 sont celles des grands bouleversements. En 1964, sous l’impulsion de la Fédération des Sociétés Saint-Jean-Baptiste du Québec, les États généraux du Canada français se mettent véritablement en branle. L’impact de ces consultations sur le développement économique, social et politique du Québec est majeur. Une campagne « Opération visage français » est mise sur pied pour assurer la francisation de l’image extérieure de nos villes et municipalités. En 1965, un important mémoire (Le Québec moderne artisan de son devenir) est présenté au comité parlementaire de la Constitution. Lors de la visite du général de Gaulle, en 1967, les Sociétés membres sont chargées d’animer les lieux au cours du déplacement du général sur le chemin du Roy. Le nationalisme est palpable; les francophones, par la voie de leurs Sociétés, prennent leur destin en mains. Les années 1968-69 sont des années d’effervescence nationale. Tous ces événements ont une incidence indéniable sur la Fédération qui, en 1969, prend officiellement position en faveur de l’indépendance du Québec.