Virage identitaire

Les états généraux de 1967 et 1969 ont permis de se rendre compte de l’ampleur des pouvoirs à récupérer par le Québec et aussi de l’état précaire des droits linguistiques des francophones dans les provinces anglophones. Au cours des années 1970, la Fédération s’engage donc fermement dans les grandes batailles linguistiques.
 
Déjà en 1969, la Fédération participe à la création du Front du Québec français, un organisme formé de près de 250 associations francophones qui s’opposent au Bill 63. En 1971, à la demande et sous l’élan de sa Société affiliée de Montréal (SSJB de Montréal), elle participe à la création du Mouvement Québec français (MQF) aux côtés des centrales syndicales CSN, FTQ, CEQ, UPA, AQPF et l’Alliance des professeurs de Montréal. Le MQF mène, en 1974, une lutte acharnée contre le Bill 22 et s’implique activement dans les débats qui mèneront à l’adoption, en 1977, de la Charte de la langue française. Également en 1971, le MNQ prend l’initiative de créer un front commun pour inciter le gouvernement du Québec à dire non à la Charte de Victoria. L’engagement du MNQ porte fruit; Robert Bourassa alors premier ministre se dédit et ne signe pas la Charte piégée.
 
À cette époque d’effervescence nationale et de transformations sociales, le Québec connaît aussi un mouvement de laïcisation qui s’étend à toutes les sphères de la société. La Fédération des Sociétés Saint-Jean Baptiste n’échappe pas aux changements qui s’opèrent à cette période. Elle adopte ainsi en 1972 le nom de Mouvement national des Québécois, marquant un changement profond dans ses références identitaires. Le nationalisme ethnoconfessionnel est abandonné au profit d’une vision territoriale de la communauté politique québécoise. À partir de ce moment, il n’est plus question des Canadiens français, mais plutôt des Québécois. D’un mouvement à caractère défensif, la Fédération se transforme en un réel mouvement d’affirmation nationale.
 
En 1976, le Parti québécois prend le pouvoir. La perspective d’un premier référendum sur l’avenir constitutionnel du Québec incite le MNQ à se lancer dans une campagne préréférendaire. Le Mouvement crée des comités, organise des conférences et des débats publics et invite le peuple à s’opposer aux audiences publiques de la Commission Pépin-Robarts sur l’unité canadienne.
 
Les batailles politiques des années 1970 révèlent la force de rassemblement du MNQ autour des grands enjeux nationaux. Des liens plus étroits avec les milieux progressistes – syndicats, groupes populaires et associations diverses – l’amènent à s’intéresser à des questions comme la syndicalisation, la coopération et le développement régional. C’est aussi dans la décennie 70 que le MNQ adhère à la Conférence des peuples de langue française, développant ainsi des liens de solidarité au sein de la francophonie internationale.