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Retour aux origines (1947)

Ayant pour devise « Nos institutions, notre langue, nos lois », la Fédération des Sociétés Saint-Jean-Baptiste du Québec est mise sur pied en mai 1947 dans le but de « faire l’unité de la race canadienne-française » et d’accroître « l’efficacité de l’action des Sociétés Saint-Jean-Baptiste et des autres Sociétés nationales ». Sa fondation intervient près d’une décennie plus tard que sa consœur ontarienne (1939). Cette situation s’explique par le contexte organisationnel de la Société Saint-Jean-Baptiste (SSJB) au tournant des années 1940.
 

Dans les années précédant la fondation de la Fédération québécoise, l’Ordre de Jacques-Cartier (OJC) formule le vœu de se voir réaliser l’union des Sociétés Saint-Jean-Baptiste. Pour les dirigeants de l’Ordre, la SSJB n’a pas de programme cohérent et a perdu sa capacité à émouvoir et à enthousiasmer. « Cette situation changera le jour où il y aura un lien réel entre les sociétés nationales et que les échanges de vues se transformeront en une action rapide et efficace », peut-on lire dans l’Émerillon, organe de diffusion de l’OJC, qui prend position pour un rapprochement entre les Sociétés ontariennes et québécoises. Dès 1945, la Chancellerie de l’OJC étudie le sujet de l’établissement formel d’une SSJB du Canada. Plusieurs problèmes font alors surface : on craint le dédoublement des structures et la concurrence au Comité permanent de la Survivance. De plus, la SSJB de Montréal ne souhaite qu’une union morale des Sociétés nationales et ne souhaite pas devoir travailler au sein d’une structure rigide. Pourtant une union informelle existe bel et bien entre les SSJB depuis 1937. La Fédération nationale des Sociétés Saint-Jean-Baptiste du Canada est alors composée d’un conseil de direction, tient un congrès annuel ainsi que des rencontres thématiques telles que celle sur l’autonomie provinciale (1944). Elle ne détient cependant pas de charte. Son président, Rodolphe Laplante, aimerait une union plus forte entre les Sociétés. Devant la SSJB de Québec, il explique que le temps commande une action concertée :
 

« Les années passèrent ; ces réunions se multiplièrent, toujours amicales, toujours charmantes, toujours chaleureuses, mais le lendemain de la réunion nous nous trouvions chacun devant notre secteur, avec toutes les responsabilités qui nous étaient propres, sans autres moyens d’action extérieurs que ceux mis à la disposition de notre propre groupement. »

 

Le vœu de Laplante est partiellement exaucé. Devant le refus des SSJB régionales d’accorder plus de pouvoirs à la fédération pancanadienne, on se range à l’idée de former une fédération provinciale québécoise à l’instar de l’Ontario qui possède la sienne depuis déjà huit ans. Pour les Ontariens, la SSJB du Canada (comme on l’appelle parfois dans la documentation) ne pouvait fonctionner « à cause de l’éloignement des groupes canadiens-français du pays ».
 

C’est donc les 17 et 18 mai 1947 que les délégués des SSJB du Québec, avec l’accord des délégués ontariens présents, forment la Fédération des SSJB du Québec. La création de la Fédération québécoise marque définitivement la fin d’un projet de SSJB canadienne. Celle-ci revient de temps à autre dans les discussions comme au congrès de Hull en 1953, mais ne se matérialise jamais. Les deux Fédérations trouvent alors divers moyens de collaborer. En plus de se projeter dans un même mouvement en adoptant des symboles et une identité visuelle similaires divers moyens sont établis afin de matérialiser cette collaboration.
 

Les premiers congrès permettent de préciser le premier programme politique de la nouvelle Fédération. Elle fait des démarches pour que le Canada se dote de symboles nationaux propres et adopte l’Ô Canada comme hymne national. Elle réclame davantage de fonctionnaires bilingues dans l’appareil fédéral. Elle établit également les premiers paramètres pour les campagnes de refrancisation qui aboutissent à l’adoption d’un programme de réforme en faveur du bilinguisme dans l’administration fédérale, dont l’usage du français sur les chèques. La Fédération est également un puissant défenseur de l’autonomie provinciale, chère à l’administration Duplessis. Elle appuie sans réserve ce principe lors des grandes commissions d’enquête royales de la décennie.
 

Au cours des années 1950, le mouvement des SSJB vit une phase de croissance et d’institutionnalisation. Les adhérents se multiplient. Au Québec, les cotisants passent de 35 000 en 1947 à 63 000 en 1952. L’année suivante, la SSJB de Montréal rejoint la Fédération. Un secrétariat permanent est établi (1954) et l’on fonde une maison d’édition. Au tournant des années 1960, les effectifs frisent 250 000 membres, faisant de la SSJB la plus grande organisation de la société civile.

 
Marc-André Gagnon, historien