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THÈME – Tissés dans l’étoffe du pays

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Comment un peuple d’agriculteurs pauvres et largement illettrés, comme l’était le Québec en 1837, a-t-il su se montrer sensible aux revendications démocratiques et républicaines élaborées par les chefs patriotes, au point de se lever d’un seul homme en 1837 pour braver les balles anglaises ?
 

Il faut d’abord rappeler la grande solidarité et le sens inné de la démocratie qui animent les campagnes du Bas-Canada en 1837. Au contact des Autochtones, des épreuves du défrichement, mais aussi des vieilles traditions du terroir français et des idées révolutionnaires issues de la Révolution américaine, se noue au alors un réseau serré d’entraide et de fidélité sacrées fondé sur la famille, la paroisse et le village. Ces farouches habitants n’ont pas encore pris conscience de leur unité nationale, mais sont déjà à même de ressentir le poids de la tutelle coloniale et l’exclusion dont sont victimes leurs compatriotes.
 

Le dévouement de milliers de Québécois à la cause patriote est admirable mais demeure étonnante. Il faut d’abord reconnaître l’importance à l’époque des réseaux familiaux, des liens communautaires dans la paroisse et du clientélisme dans le régime seigneurial : des fidélités sacrées et des rivalités locales vécues parfois de manière viscérale. À Terrebonne, à Saint-Eustache, Saint-Hyacinthe ou Saint-Charles-sur-Richelieu, ce sont des villages entiers qui se soulèvent quand les élites locales sonnent le ralliement à la cause patriote.
 

Cette année, la Journée nationale des patriotes célèbre donc cette solidarité liant les Québécois de toutes origines, tissés serrés autour de l’attachement au sol, à leur langue et à leurs valeurs, fidèles à leur nature et soudés par une solidarité et par un sens de l’entraide sans lequel aucun mouvement politique collectif ne peut naître ni fleurir. L’étoffe du pays, c’est cette laine chaude et enveloppante qui nous conforte dans nos valeurs et nous rassure sur la justesse de notre combat nationale. Jeunes et vieux, étudiants et entrepreneurs, hommes et femmes sont invités à renouer avec l’idéal des villages d’antan qui, au-delà de leurs différences, demeuraient solidaires en vue de fonder une communauté démocratique proprement québécoise, débarrassée de ses reliquats du colonialisme et du dépendantisme débilitant qui nous rivent encore à la Confédération canadienne.
 

Ce sera l’immense force du mouvement patriote que d’être parvenu à patiemment intégrer la plupart de ces réseaux locaux de solidarité et à fédérer les diverses sources de mécontentement autour d’une grande lutte nationale visant la réforme des institutions politiques. C’est là un programme tout désignés pour nos Sociétés nationales et Saint-Jean-Baptiste : reconnecter avec les milieux locaux et les réseaux de citoyens en vue de préparer la reconquête de nos droits sociaux et nationaux et afin de préserver notre modèle québécois.
 

Cet idéal est d’ailleurs rappelé dans le décret de novembre 2002, proclamant la Journée nationale des patriotes :
 

« Nous avons choisi d’honorer de cette manière la mémoire des hommes et des femmes qui, depuis l’implantation des institutions parlementaires en 1791, ont milité pour les droits de la majorité, dont celui du peuple à se gouverner lui-même. »
 

Tout compte fait, l’essentiel n’est peut-être pas d’avoir milité pour des principes aussi élevés soient-ils, qui regardent tant les droits humains que ceux d’un peuple à son existence collective. Ce qui est d’abord remarquable est qu’un tel programme ait été porté par des Québécoises et des Québécois alors plongés dans la pauvreté, la précarité, la discrimination et l’isolement sur le plan international. Cette capacité à s’élever au-dessus de sa condition au seul nom d’un idéal collectif est assurément la plus belle leçon que nous ont léguée ce groupe d’hommes et de femmes déterminés, tricotés serrés dans l’étoffe du Pays. Du seul fait de cette étonnante abnégation, le rappel de la lutte des patriotes continue à s’inscrire dans les débats actuels comme une invitation permanente lancée au peuple du Québec à reprendre, dès que possible, sa marche vers l’indépendance, brutalement interrompue par l’armée en 1837.